« La France en face »

« La France en face », ou bien des faces de la France que l’on ne voit pas souvent dans les médias, et que les étrangers auraient du mal à associer à ce pays considéré comme un foyer des droits de l’homme, de l’égalité et de la justice sociales. C’est cette autre réalité française que le documentaire de Jean-Robert Viallet démontre en se basant sur des études scientifiques, et que le public arménien était venu découvrir le 8 novembre, à l’Alliance  française d’Arménie, dans le cadre du Mois du film documentaire. Projection qui a été suivie d’un débat avec le réalisateur du film.

Réalisé en 2013, « La France en face » dresse la « carte des fragilités sociales » du pays, selon la formulation des géographes Christophe Guilluy et Christophe Noyé dont les œuvres ont servi d’assise scientifique au documentaire. La précarité des classes populaires - ouvriers, petits employés, petits paysans et exploitants, mais aussi jeunes, retraités et d’autres - évincées par la mondialisation et ses corollaires, la métropolisation et la gentrification, oubliées par les dirigeants politiques. Ce qui explique, selon l’auteur du documentaire évoquant les résultats d’analyses récentes, « le malaise politique, économique et démographique » installé dans le pays durant les trois dernières décennies. « 3 millions de chômeurs : chiffre encombrant mais abstrait pour ceux qui nous gouvernent, un vrai cauchemar pour ceux qui le vivent », souligne-t-il.

En effet, cette France dite « périphérique » constitue 60 % de la population du pays. Autrement dit, les personnages de Jean-Robert Viallet dénichés dans les quatre coins du pays sont loin d’être marginaux, qu’il s’agisse du père de famille distribuant des journaux à 3h du matin, de la jeune femme d’origine marocaine travaillant à temps partiel comme auxiliaire de vie sociale et élevant seule ses enfants ou encore de la jeune fille travaillant dans une pizzeria car c'est compliqué de trouver un autre type d’emploi « quand on n'a pas un diplôme de niveau élevé ou une connaissance ». Personnages d’ailleurs très touchants, surtout par la réserve dont ils font preuve face à des situations de vie difficiles.

Sur fond de fracture grandissante entre les grandes métropoles concentrant 40 % de la population et 80 % de la production du PIB et les zones périphériques extrêmement sensibles, le documentaire, on l’aurait déjà deviné, fait aussi la part du lien entre le social et le politique : bien que l’abstention reste le moyen d’expression de protestation politique le plus répandu, une montée du FN est observée dans les territoires « jusque-là étanches aux thèses de l’extrême-droite » où se cumulent aujourd’hui les désavantages de la mondialisation, grâce à un marketing ciblant les « oubliés ». 

Le voyage à travers la géographie sociale, l’histoire récente et le présent de la France auquel le documentaire invite ne mène pourtant pas au désespoir. On y retrouve des personnes qui ne se résignent pas, dont la capacité de regarder la réalité en face fait naître des solutions alternatives, comme dans le cas de cette femme ayant créé avec succès une AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) et des emplois, après avoir failli tout perdre. Cela dit, pour que la situation générale progresse, un nouveau projet politique en la matière serait indispensable.

Conclusion que l’on n’aurait pas tort de répandre sur l’ensemble du monde actuel. Car à quelques spécificités locales près, le monde n’est pas si différent là où nous ne sommes pas… 

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