« Le destin des nations doit être cherché dans la paume des mains des mères »

La portée éducative et le rôle des berceuses dans la préservation d’une nation ainsi que dans la lutte contre la promotion actuelle, souvent agressive, d’un art pauvre et de mauvais goût ont été évoqués plus d’une fois lors de la présentation du nouveau coffret de berceuses arméniennes qui a eu lieu le 8 septembre, dans la salle de concert du restaurant The Club.

Parmi les invités - amis de la maison d’édition Arevik initiatrice du projet - nombreux à s’être rendus à l’événement, on distinguait de vraies figures du domaine musical arménien moderne comme le compositeur Tigran Mansourian, les musicologues Daniel Yérazhicht et Mher Navoyan, mais aussi Gabriel Djambardji, président de la fondation caritative « Piounik » ayant soutenu l’initiative et des représentants du gouvernement arménien.

Réalisée par les Éditions Arevik spécialisée depuis presque 30 ans dans l’édition de littérature pour enfants et adolescents, le coffret regroupe 21 berceuses d’origines, d’époques et de styles divers, « allant de chants folkloriques des régions historiques de l’Arménie comme Taron, Van, Sassoun, Chatakh, Akn, Moks, à quelques exemples de berceuses de compositeurs modernes, en passant par des créations de Komitas », a informé le président du Conseil des Éditions David Hovhannes.

Étant l’un des genres les plus anciens et les plus vivaces de l’héritage musical arménien, la berceuse assurait au fil des siècles le premier lien entre la mère et son nouveau-né, en contribuant à former, même avant la parole, les perceptions esthétiques de l’enfant, d’où l’importance de réintroduire dans le quotidien des jeunes mères ces joyaux de la musique arménienne. En plus de leurs valeurs pratique et artistique incontestables, les berceuses présentent aussi un intérêt particulier pour l’ethnographie arménienne du fait de leur diversité dialectale et stylistique.
L’idée du coffret est née du simple désir de Sabeth Hovhannisian, directrice d’Arévik, et de son mari Hrant Vardanian, réalisateur et producteur du CD en question, de bercer leur fille aux sons de chants arméniens authentiques, désir que, par la suite, le couple décide de partager avec les autres. Leur petite fille a grandi, le temps que le projet prenne forme et soit finalisé: aujourd’hui, elle a déjà quatre ans mais le coffret est conçu dans le but de servir à toute mère arménienne. « C’est un vrai cadeau à nos jeunes mères », remarque Tigran Mansourian, en évoquant la portée pratique du projet: partitions et paroles accompagnent toutes les chansons afin d’encourager les mamans à apprendre à les chanter elles-mêmes.
« C’est une arme puissante pour le façonnement et la sauvegarde du peuple arménien », rappelle Daniel Yérazhicht, en citant les paroles de Njdeh : « Le destin des nations doit être cherché dans la paume des mains des mères ».
 
En attendant que les mamans fassent des avancées dans leur apprentissage, les petits découvriront les berceuses à travers la voix de la soprano Anahit Papayan, fondatrice de l’ensemble vocal « Gueghard » et interprète exclusive des 21 œuvres incluses dans le CD. « Dans le choix de la voix, notre première condition était que ce soit celle d’une mère, capable de sentir ces chansons par toutes les fibres de son âme », a noté à cette occasion Sabeth Hovhannissian. 

Fruit d’un vrai travail de recherche mené par Alina Pahlévanian, ethnomusicologue et professeur au Conservatoire Komitas d’Erevan, accompagnée de ses collègues, le coffret ne donne forcément qu’un aperçu limité, bien que varié, de la richesse de ce genre « sensible et fragile de la musique arménienne » qu’est la berceuse. Tout en félicitant tous du succès de l’initiative, sa principale conseillère scientifique tient à noter qu’avec le nombre de berceuses arrivées jusqu’à nos jours, « on pourrait étendre le projet à un deuxième, troisième CD et plus ». À bon entendeur… ! 

Tous droits réservés © FrancoMédia 2012-2015.

Développement et hébergement iHost