Journées Gurdjieff à Gumri

Mystique, philosophe, voyageur, maître spirituel, écrivain, compositeur, maître de danse… toute une série de titres vient défiler à chaque fois que l’on s’efforce d’introduire Gurdjieff, cet homme inclassable et controversé que l’on connaît plus et mieux surtout en dehors de son pays natal.

En même temps, rares sont ceux parmi ses connaisseurs qui puissent désigner sans erreur où George Ivanovitch Gurdjieff est né (tant les inexactitudes abondent sur Internet). Pourtant, bien qu’un voile de mystère persiste sur maints épisodes de sa vie, y compris la date de sa naissance, le lieu en est sans équivoque : Arménien par sa mère et Grec par son père, Gurdjieff est né dans la ville arménienne de Gumri, appelée à l’époque Alexandrapol. C’est là, dans les locaux du Consulat honoraire d’Italie à Gumri, que spécialistes arméniens étudiant Gurdjieff, adeptes de sa philosophie ou simplement personnes curieuses de son enseignement, s’étaient réunis les 15 et 16 janvier 2016, pour célébrer l’anniversaire et rendre hommage à l’œuvre d’un grand penseur du XXe siècle.

Trois personnes, de trois horizons différents, étaient aux sources de cette initiative nommée « Gurdjieff. L’origine » : Antonio Montalto, consul honoraire d’Italie à Gumri, Vasken Kalayjian, un Arménien des États-Unis qui concilie en lui le monde des affaires et ceux des arts et de la spiritualité (en fait, aussi inclassable que Gurdjieff) et Avetik Melik-Sargsyan, historien, chef du Service régional de Chirak de protection de l’environnement historique. Ce qui les unit, en plus de l’intérêt porté à l’œuvre de Gurdjieff, c’est le désir de rendre à Gumri l’importance qu’elle mérite à titre de ville natale où ce maître de Sagesse a grandi et dont la réalité, sont-ils convaincus, a eu une grande influence sur sa pensée. 
Une fois franchie la clôture de l’ancienne maison typique abritant maintenant le Consulat, on se sentait immédiatement plongés dans le sujet à la vue de l’affiche de l’événement empruntant la forme de l’ennéagramme de Gurdjieff, l’élément d’accueil qui faisait surgir chez le visiteur la première question. D’autres allaient s’ensuivre certainement tout au long du programme, l’information étant abondante surtout pour les novices. Projections de films et débats, interventions sur sa vie et son enseignement, dîner, installation par Natalia Sookias accompagnée d’une performance musicale par Levon Eskenian et sa femme, la pianiste Lusine Grigoryan : durant deux jours, tout était en effet sur Gurdjieff, de Gurdjieff ou à la manière de Gurdjieff.
Pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’y être présents, voici en mosaïque quelques idées intéressantes (re)découvertes lors des Journées Gurdjieff :

Gurdjieff préférait écrire en arménien
Pour relater ses idées par écrit, Gurdjieff alternait deux langues, l’arménien et le russe. C’est lui qui le constate dans le prologue de l’une de ses œuvres, en avouant que dans sa jeunesse, c’est en arménien qu’il aimait exprimer ses idées car, en plus d’être une langue originale, elle arrivait à traduire les subtilités des questions philosophiques qu’il avait l’intention de traiter.

Le reflet des mœurs de Gumri dans l’enseignement de Gurdjieff
Le milieu multiethnique, donc multiculturel, que Gumri présentait à l’époque, a laissé sa trace dans la personnalité de Gurdjieff, tout comme l’éducation de sa grand-mère arménienne. L'un des organisateurs de l'événement, grand amateur de l'œuvre de Gurdjieff et Gumretsi convaincu, Avetik Yessayan est certain qu’une grande partie des pensées de Gurdjieff ne sont pas étrangères à tout Gumretsi. Preuve à l’appui, plusieurs points de son enseignement que l’on retrouve dans des dictons populaires parmi les habitants de Gumri, comme par exemple, celui prêchant la nécessité de finir absolument la tâche entreprise et de la faire au mieux, ou bien l’idée que pires sont les conditions de vie, plus le travail est productif, etc. À y ajouter l’humour intrinsèque des Gumretsis dont Gurdjieff n’était pas exempt.

« La voie de l’homme rusé »
C’est ainsi que Gurdjieff appelait autrement la quatrième voie de la réalisation spirituelle qu’il proposait, les trois autres étant définies comme voies du fakir, du moine et du yogi. Son enseignement était censé combiner ces trois voies et permettre à ses pratiquants d’atteindre l’éveil sans devoir se couper du monde. Auto-observation, « rappel de soi » et transformation permanente de soi à travers le travail : voilà les principaux mots-clés de la voie qu’il avait élaborée après des recherches et des pérégrinations de nombreuses années qui l’ont amené de Portasar (appelé en turc Göbekli Tepe) jusqu’au Tibet, partout en quête de traces d’une connaissance originelle que l’être humain aurait perdue. La soif de déceler le sens de la vie et de notre présence dans ce monde avait fini par faire de lui un parfait connaisseur des enseignements soufi, bouddhiste, du christianisme ésotérique et d’autres doctrines orientales dont il a porté la sagesse à l’Occident à travers son propre enseignement.

Gurdjieff, les voyages et la musique
Au cours de ses voyages au Moyen-Orient, en Asie centrale, en Inde ou en Afrique, Gurdjieff se montrait particulièrement attentif à la musique folklorique, religieuse et aux pratiques rituelles des peuples qu’ils rencontraient. Bien que de formation musicale modeste sur le plan technique, sa mémoire prodigieuse (héritée apparemment de son père, Achough Adach, un troubadour professionnel qui récitait, disait-on, l’épopée de Gilgamesh par cœur sans l’avoir jamais lue de sa vie) lui permettra de reconstituer plus tard les airs entendus sous forme de morceaux pour piano, avec l’aide de son disciple Thomas de Hartmann. Le choix du piano n’était évidemment pas anodin: Gurdjieff visait ainsi le public occidental. De nos jours, il est intéressant de redécouvrir ces mêmes œuvres avec une sonorité tout à fait arménienne, arrangées par Levon Eskenian et interprétées par son ensemble folklorique Gurdjieff. 

Gurdjieff en France
Enfin, pour terminer avec un peu de francophonie, petit rappel de son lien avec la France: c’est à Fontainebleau que Gurdjieff est enterré. C’est ici-même qu’il avait acquis un château au début des années 1920 et où il s’était installé avec ses disciples. C’est toujours là qu’il créera son Institut pour le développement harmonieux de l’homme. Actuellement, plusieurs centres et instituts Gurdjieff sont dispersés à travers le monde. Le jour n’est d’ailleurs pas loin où sa ville d’origine s’en dotera enfin d’un elle aussi, grâce aux efforts de la fondation « Les Amis de Gumri ».
 
 

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