Julien Gauthier, musicien et explorateur improbable

Passer cinq mois dans l’un des endroits les plus isolés de la Planète, sonder et enregistrer tous les sons qui y vivent, pour donner naissance par la suite à une oeuvre symphonique à partir du bagage de mélodies, de rythmes, d’ambiances et d’impressions accumulés. Vous venez de lire le résumé en une phrase de l’expérience extraordinaire vécue dans les îles Kerguelen par le compositeur français Julien Gauthier, qu’il était venu partager avec le public arménien le 21 octobre 2016, à la médiathèque de l’Alliance française. Une rencontre riche en sons et images venus « d’ailleurs », marquée par un témoignage sincère et hors du commun.

L’archipel des Kerguelen fait partie des Terres australes et antarctiques françaises. Au XXIe siècle, le seul moyen d’atteindre ces îles de l’océan Indien demeure le bateau. Il s’agit d’un territoire déclaré « réserve naturelle intégrale » où l’intevention humaine est à son minimum, avec une interdiction d’introduire, d’élever ou de cultiver tout espèce animal ou vénégtal étranger à l’Archipel, afin de ne pas nuire à son écosystème extrêmement isolé et fragile.

C’est là que Julien Gauthier a mis le pied en décembre 2015, accompagné d’une mission scientifique d’une centaine de personnes, à titre de lauréat du programme « l’Atelier des ailleurs » offrant depuis 2011 une résidence de création sur Kerguelen (le projet est mis en oeuvre par le Fonds régional d’art contemporain (Frac) de la Réunion et proposé par l’administration supérieure des Terres Australes et Antarctiques Françaises (Taaf) et le ministère de la Culture et de la Communication / direction des affaires culturelles – océan Indien (Dac - oI), avec le soutien d’Air France).

Cinq mois durant, il passera des heures et des heures à collecter avec son micro tout ce qui constitue l’environnement sonore de cet archipel : sa faune sauvage – on y rencontre d’immenses colonies de manchots, des éléphants de mer et des otaries, des espèces rares d’oiseaux -, son vent « omniprésent » et éprouvant, ses nuits étoilées et les amours des albatros, etc. Les paysages sonores qui en naîtront  - et il en a partagé quelques uns avec les présents à Erevan - sont « quasi inexistants », remarque le compositeur.

Quant à la création symphonique, étape finale du projet, elle ne serait prête qu’en 2018. Pour Julien Gauthier, il ne s’agit pas d’imiter ou de recréer l’environnement sonore des Îles, ce qui serait « impossible et inutile », mais de puiser son inspiration dans les mélodies entendues, certes, mais surtout dans « les rythmes, les textures musicales » de cette nature, et dans ses propres impressions. Les participants de la rencontre erevanaise ont d’ailleurs eu l’occasion d’écouter un premier morceau créé après le retour du compositeur des îles Kerguelen en avril 2016 et interprété sur rien d’autre qu’un lithophone formé de roches sonores provenant des mêmes îles ! Julien avait bien pris soin d’obtenir l’autorisation d’en amener quelques unes avec lui en France. 

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