Livre du Grand Tcharents traduit en Arménien

Il y a quelques jours, à l’occasion de la Nuit de musées célébrée en Arménie et en Artsakh, 111 musées dans les deux républiques arméniennes ont simultanément et gratuitement ouvert leurs portes jusqu’à minuit, en proposant à leurs visiteurs un programme assez varié, bien que conçu autour d’un sujet principal : la commémoration du Centenaire du Génocide arménien.Dans ce cadre, a eu lieu la présentation de la nouvelle édition en quatre langues – en arménien, en russe, en anglais et en français - de la « Légende dantesque » de Yéghiché Tcharents, l’un des poètes arméniens les plus éminents du XXe siècle considéré comme le fondateur de la littérature arménienne moderne, s’inscrivait également dans ce double contexte.

Initié par Lilith Hakobian, directrice de la maison-musée de Yéghiché Tcharents, le projet de la parution quadrilingue du poème de Tcharents a été soutenu par le ministère arménien de la Culture et le Conseil des femmes du Parti républicain d’Arménie. La traductrice de la version française est Louise Kiffer.

Publié pour la première fois en 1916, à Tiflis (actuelle Tbilissi), la « Légende dantesque » se présente en effet comme le témoignage du trajet d’un jeune à travers la guerre qui en a vu les horreurs de ses propres yeux et senti les souffrances et l’absurdité sur sa propre chair. Tcharents sous-titre son œuvre « mémoires du champ de bataille ».

Mémoires encore très frais de la Première guerre mondiale dans laquelle le poète d’à peine 18 ans (pourtant étonnamment profond et pénétrant pour son âge : signe de « génie », mot dont on a si souvent qualifié Tcharents), s’était engagé volontairement et en cachette de ses parents (il a notamment participé aux combats de Thaparez et de Sulduz), « pour défendre l’indépendance de sa terre et l’honneur de son peuple » est-il souligné dans la préface de la nouvelle édition quadrilngue. Ce peuple dont une partie, celle se trouvant sous le joug de l’Empire ottoman, était en train de subir le projet d’extermination des Jeunes-Turcs derrière les coulisses de la guerre.

« L’épigraphe de cette nouvelle édition est la demande de justice de la part des survivants du Génocide et de leurs descendants », a noté Soussanna Abazian, professeur associé à la chaire d’arménologie de l’Université Brusov des sciences et des langues sociales qui avait prononcé le discours d’introduction à l’œuvre de Tcharents lors de la soirée de présentation.
 
Պար էինք խաղում ու երգեր ասում,
Զենքերի փայլով հրճվում էինք մենք։
Կարծես մանկական կապույտ երազում՝
Ամեն ինչ այնպես ժպտում էր աննենգ։
Ո՛չ հրաժեշտի անորոշ հուզում,
Ո՛չ էլ մեռնելու կասկածանք կար նենգ։
***
Nous avons regardé pour la dernière fois en arrière,
Où il n’y avait rien pour nous de fascinant.
Le passé était perdu, s’était volatilisé à jamais,
Comme un cri poussé dans un rêve.
Nulle tristesse ne s’envolait avec nous,
Nous étions enchantés par le clair matin.
Nous dansions et chantions,
L’éclat des armes nous remplissait de joie
Comme dans un rêve bleu d’enfance.
De même, tout nous souriait avec candeur :
Pas de vague émotion d’adieu,
Ni crainte de mort ou de fourberie.

 

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