Quinze points de vue

Il y a quelques jours, on pourrait encore visiter, au centre culturel Hay Art d’Erevan, l’exposition « Quinze points de vue » présentant les œuvres du peintre suisse contemporain Felice Varini. Abordant son œuvre sans préambule, beaucoup de visiteurs auraient d’abord cru avoir devant leurs yeux des créations photographiques associant architecture et effets visuels spécifiques. Cependant, tout n’est pas aussi simple qu’il le paraît : Felice Varini peint directement dans l’espace architectural tridimensionnel. Comment le fait-il ? C’est l’artiste en personne, en Arménie sur l’invitation de l’Ambassade suisse en partenariat avec la fondation Kulturdialog Armenien, dans le cadre du programme suisse de la Saison 2016 de la Francophonie, qui a exposé sa démarche artistique au public local, à travers deux conférences tenues à Erevan, parallèlement à l’exposition.  

C’est en 1978 que Felice Varini quittera une fois pour toutes l’atelier traditionnel et la surface plane, en considérant qu’il ne pourrait « rien apporter de déterminant dans cette recherche à partir du tableau traditionnel, c’est à dire d’une peinture de la surface ». Depuis, il ne cessera « d’expérimenter, de rejeter, d’approfondir et de jeter encore », dans ce vaste atelier que le monde entier est devenu pour lui. Qu’il s’agisse d’espaces intérieurs ou extérieurs - appartements, églises, châteaux, musées, parcs, rues, places, quartiers ou même villes et villages entiers -, le peintre travaille, toujours in situ, en jouant avec l’horizon, les formes architecturales et les points de vue. En effet, ses œuvres n’apparaissent au spectateur dans leur intégrité que si on les regarde d’un point de vue précis, unique, ce qui les dote à la fois d’une certaine « fragilité ».

Hors point de vue, « la magie s’écroule », faisant place à des « oeuvres éclatées en fragments disséminés » où l’espace reprend ses droits. Cela dit, chercher ce point de vue que l’on ne trouvera indiqué nulle part « n’est qu’un outil, et en aucun cas une finalité en soi », souligne Felice Varini. Le point de vue, généralement situé à hauteur de ses yeux, le peintre le définit avec précision à partir de données spatiales relevées lors de l’étude de l’espace. Précision qu’il a développée au fur et à mesure, « son rapport à l’espace étant purement intuitif au départ ».

« Dans mes créations, les formes n’interagissent pas vraiment avec les oeuvres architecturales qui leur servent de supports » : ainsi, l’indépendance de ses oeuvres « à géométrie simple et couleurs basiques » face à l’architecture rencontrée constitue l’autre particularité de l’approche de Felice Varini. Caractéristiques qui faisaient déjà leur apparition dans la toute première réalisation de l’artiste dans le genre, dans une chambre de bonne, sous les toits de Paris, et qui lui permettra de définir son alphabet pour le futur.

À l’heure actuelle, Felice Varini compte à son actif plusieurs centaines de créations dans les lieux publics de Paris à Nagoya, en passant  par Mexico et Athènes, Zurich et Cardiff, etc. Son passage à Erevan pourrait-il marquer le début d’un éventuel projet artistique en Arménie aussi ? À suivre !

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