Rencontre avec Jean Sirapian

À la veille de la commémoration du 101e anniversaire du Génocide arménien, l’Alliance française d’Arménie proposait, le 22 avril dernier, une rencontre avec Jean (Varoujan) Sirapian, directeur de l’Institut Tchobanian et des éditions Sigest (prix du « Meilleur Éditeur » 2008 au Festival national du livre arménien) à Paris.

Né à Istanbul dans une famille arménienne, Jean Sirapian découvre la France en étudiant chez les Pères Mekhitaristes et s’y établit dans les années 1970. Ce n’est pas la diversité de métiers et d’occupations qui lui manquera - informaticien, photographe de quartier, interprète, comptable, guitariste, enseignant, conseiller municipal -, avant qu’il se consacre à la création de l’institut Tchobanian et des éditions Sigest.

« Si aujourd’hui, les Français connaissent et apprécient les Arméniens, c’est beaucoup grâce à Archag Tchobanian », a remarqué M Sirapian, en évoquant le rôle de l’homme de lettres arménien (lui aussi originaire d’Istanbul - Constantinople à l’époque - et établi à Paris) dans le mouvement arménophile en France associé à des noms tels que A. Daudet, É. Zola, Lorrain, A. Meillet, J. Jaurès, A. France, P. Quillard et d’autres qui dénonçaient la conduite de l’Empire ottoman envers ses sujets arméniens, depuis les années 1890 et surtout dans les coulisses de la Première guerre mondiale. « Le mensonge par omission ou la désinformation, ce que Tchobanian avait appelé « la conspiration du silence », courants à l’époque, continuent en France de nos jours aussi, avec les guerres en Syrie, en Ukraine ou, tout récemment, en Artsakh (Haut-Karabagh) », a-t-il noté à cette occasion.

C’est pour promouvoir une vision plus objective du Caucase, de l’Asie mineure et du Moyen-Orient que l’Institut Tchobanian a été fondé en 2004, à l’occasion du 50e anniversaire de la mort d’Archag Tchobanian, avec pour toute première publication, le livre blanc « Europe-Turquie : un enjeu décisif », démontrant « le vrai visage de la Turquie » qui s’efforce de n’afficher au Vieux Continent que sa facette taillée à l’européenne. Le succès de cette première publication donnera naissance, à partir de 2005, à la revue semestrielle « Europe et Orient ». Une quarantaine d’experts en France et sur le terrain sont là pour apporter leurs contributions dans l’analyse des sujets traités.

Centre de recherche indépendant en études stratégiques, l’Institut ne réduit ses activités aux seules questions géopolitiques. Il contribue en même temps à la promotion de la culture arménienne en français, aussi bien que de la francophonie en Arménie, notamment à travers les éditions Sigest qui a pris son envol durant l’Année de l’Arménie en France (2006). Le nombre de publications par an s’élève aujourd’hui à 10, incluant des livres sur l’Arménie, mais aussi sur la Syrie, l’Ukraine, l’Artsakh, ou encore sur l’Occident et l’Islam, les liens entre les Arméniens et les Alévis de Turquie, etc.

Ainsi, c’est grâce aux Sigest que les Arméniens, occidentaux ou orientaux, ont la possibilité de découvrir les aventures de Tintin dans leur langue maternelle. Sigest a pris soin de faire connaître, aux côtés des classiques arméniens comme Toumanian ou Sévak, l’histoire de l’opération Némésis sous forme de BD éditée en français, en anglais, en russe et en arménien et prévu aussi en turc. « C’était une mission extraordinaire par son organisation à une époque où les moyens de communication n’étaient pas aussi développés, et dont aucun innocent n’a souffert » : tous les noms - Talaat, Enver, Jémal pachas et d’autres - figurant sur la liste de vengeance des jeunes arméniens avaient déjà été condamné par le tribunal turc. 
La conférence a été suivie de la projection du film de Robert Guédiguian « Le voyage en Arménie » (2006).  

*Pour plus d’informations sur l’Institut Tchobanian et les éditions Sigest, consultez les liens suivants :

http://www.tchobanian.org/
http://editions.sigest.net/

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