Table ronde autour de la littérature francophone en Arménie

Le Campus numérique francophone (CNF) d’Erevan de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) avait organisé, le 2 mars 2016, une table ronde portant sur la littérature francophone contemporaine en Arménie, à la (déjà) très célèbre Mirzoyan Library. Organisé en marge de la visite de Fabien Flori, directeur régional du BECO (Bureau Europe centrale et orientale) de l’AUF dont l’Arménie fait partie, l’événement avait réuni praticiens du domaine, représentants du monde de l’édition, critiques littéraires, professeurs et étudiants des universités locales.

Parmi les traductrices (pas question de discrimination : les femmes forment une majorité écrasante dans le milieu de la traduction) invitées à intervenir, se retrouvaient parcours, milieux et goûts divers : Shushanik Thamrazyan, Nvard Vardanyan, Ruzan Mirzoyan conjuguent traduction et enseignement à l’université, Anahit Avetisyan, traductrice indépendante à l’heure actuelle, a longtemps travaillé dans l’édition, tandis que Saté Khachatryan, metteuse en scène et comédienne, traduit les pièces de théâtre qu’elle met par la suite en scène. La rencontre a donné lieu à des échanges de préoccupations et de points de vue professionnels sur maints sujets qui dépassaient souvent le cadre purement francophone :  

Liberté du choix et lacunes héritées des Soviets
Plusieurs des traductrices ont souligné l’importance de la liberté du choix dans l’exercice de la traduction, un art de plein droit où les préférences personnelles impactent directement la qualité de l’œuvre recréée dans une langue différente. Liberté à laquelle elles n’auraient pas toujours droit. Arkmenik Nikoghosyan, critique littéraire et représentant de la maison d’édition Antares, a remarqué à ce sujet que le problème réside dans « les lacunes en matière de représentation en langue arménienne de la littérature étrangère contemporaine héritées de l’époque soviétique » avec, comme résultat, des auteurs modernes déjà entrés dans les rangs des classiques (Collette, Modiano) qui, jusque-là, n’existaient pas encore en arménien. D’ailleurs, pour rattraper ce manque, Antares s’est engagée à publier par an 4 ou 5 œuvres « classiques ». Le point positif à souligner sur ce fonds reste aujourd’hui la possibilité de traduire directement de l’original, impensable à l’ère soviétique où le russe s’imposait comme langue intermédiaire pour toute traduction.  

Publication par collections : luxe que les éditeurs arméniens ne peuvent pas se payer
La publication de collections, le rêve des traducteurs et des éditeurs soucieux de transmettre une vision complète sur un genre, une thématique ou un auteur donnés, s’avère un luxe que les éditions arméniennes ne peuvent pas se permettre à l’heure actuelle. Les rares éditeurs qui le font consentent d’emblée à un sacrifice au nom de la littérature, sans recherche de gain. C’est pour cette raison que dans les librairies locales, on ne tombera que – à quelques exceptions près – sur des publications ponctuelles se résumant d’habitude à l’œuvre la plus connue pour chaque écrivain étranger traduit en arménien.
« S’agissant de la promotion de la littérature francophone – encore majoritairement française –, il n’y a que trois éditions arméniennes : Antares, Naïri et Actual Art, à l’avoir incluse dans leur ligne éditoriale », ont constaté les présents à l’unanimité. Saté Khachatryan qui travaille actuellement sur l’œuvre du dramaturge français d’origine arménienne représentant du théâtre de l’absurde Arthur Adamov, a pointé de sa part sur l’absence d’œuvres dramaturgiques francophones, notamment contemporaines, en traduction arménien. D’où l’urgence pour elle traduire elle-même les pièces modernes à mettre en scène.
La littérature arménienne pas que pour les Diasporas

Aujourd’hui, la littérature arménienne – s’agissant surtout de la littérature moderne – n’est représentée à l’étranger qu’à travers des initiatives émanant d’instances arméniennes, à destination des diasporas. Les participants de la table ronde ont proposé de penser des moyens de la porter au public international, au-delà des communautés diasporiques arméniennes. Arkmenik Nikoghosyan a remarqué pourtant que du point de vue des maisons d’édition étrangères, accepter de publier un auteur arménien moderne inconnu serait souvent égal à prendre « un risque suicidaire ».

Au-delà de questions théoriques, la table ronde a permis de penser des collaborations et des synergies nouvelles entre universités, universités et théâtre (moyen formidable d’apprivoiser la langue, comme Saté l’a confirmé par son propre exemple), universités et maisons d’éditions (le concours de traduction « Le Pont » lancé par Antares pour trouver de nouveaux talents, ou encore la possibilité suggérée par Arkmenik de publier les premiers pas des jeunes traducteurs sur le site de la communauté littéraire Granish), universités et AUF (l’Agence a la possibilité de soutenir des projets de traduction réalisés dans un cadre universitaire, a informé M Flori).

NB : Depuis de nombreuses années, différents projets de soutien à la traduction d’œuvres francophones/françaises ont été et sont encore réalisés par l’Ambassade de France en Arménie, notamment en partenariat avec le Centre national du Livre français, auxquels les éditions et les traducteurs arméniens prennent régulièrement part.
 
 

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