Les 100 premiers jours de l'Ambassadeur de France en Arménie

Sujets divers à l’ordre du jour de la conférence de presse du 4 février 2015 marquant les 100 premiers jours de la présence en Arménie de l'ambassadeur de France Jean-François Charpentier. Sur la table, des questions de la coopération bilatérale aussi bien politique qu’économique, mais M Charpentier a également parlé  du douloureux sujet de l’attentat contre Charlie Hebdo et de la liberté de la presse.

Les trois mois passés en Arménie qui ont été pour l’ambassadeur l’occasion de rencontrer de nombreux acteurs et responsables arméniens politiques, économiques, etc., ne l'ont fait que confirmer dans son idée initiale : le renforcement des relations franco-arméniennes doit passer par le développement des relations économiques entre les deux pays. Le commerce bilatéral – dont le chiffre d’affaire atteint à l'heure actuelle 50 millions d'euros - est très modeste, et il nécessite une augmentation. Le premier moyen en serait, selon la conviction de l'ambassadeur, de retravailler davantage les éléments déjà à la disposition des deux côtés tels que La Chambre de Commerce et d’Industrie franco-arménienne en France, le Club d'affaires franco-arménien (CAFA) en Arménie, le Fonds arménien de développement, etc.

De plus, d’autres événements prévus en 2015 essayeront de contribuer aux relations économiques des deux pays, comme par exemple la deuxième séance du Forum économique franco-arménien qui suivrait l'exemple du forum organisé en mai dernier, lors de la visite d'État du président français ou encore l’organisation, en début du mois de mai, d’une semaine française par l'agence « Business France » qui sera centrée sur deux thèmes principaux : la mode, le design et le prêt-à-porter d'une part et les matériels viticoles d'autre part, ce dernier sujet étant très important aux yeux de l'ambassadeur, vue l'importante production de vin en Arménie.

Deuxième axe de priorité dans les relations franco-arméniennes à part le développement du commerce bilatéral, c'est le renforcement de la coopération, à travers le renforcement de l'Université française en Arménie (UFAR), "déjà très active et attractive pour les jeunes Arméniens", mais aussi le renforcement de l'offre de l'enseignement du français à travers l'École française d'Erevan et le lycée franco-arménien basé à l'école numéro 119, toujours dans la capitale.

Sous l’optique du développement des relations économiques, l’ambassadeur Charpentier a également positivement apprécié l'activité de l'Agence française de développement (AFD) travaillant en Arménie depuis deux ans et réalisant à l'heure actuelle un projet sur un barrage à Vedi qui règlera à la fois des problèmes d'irrigation et d'agriculture. « Le montant des investissements de l'AFD atteindra en fin de l'année en cours 100 millions d'euros ce qui est déjà une belle performance », a remarqué l'ambassadeur. Cela dit, il souhaite que l'Agence déploie des activités dans le domaine de l'urbanisme aussi, plus particulièrement dans les villes secondaires d'Arménie, souhait partagé par les autorités arméniennes aussi, a-t-il affirmé.

Autre nouvelle espérée à la conférence de presse : le premier hypermarché Carrefour en Arménie ouvrira ses portes probablement en mars. Quant aux inquiétudes exprimées par les journalistes par rapport à l'augmentation des frais de dédouanement des produits importés par Carrefour suite à l'adhésion de l'Arménie à l'Union eurasiatique, l'ambassadeur français a rappelé la politique particulière du réseau Carrefour qui accorde une grande importance et une place considérable à la production locale. Quant aux importations, il ne s'agirait d'habitude que de produits français spécifiques hors concurrence et destinés à une clientèle déterminée, comme par exemple certains vins ou fromages à pâte molle. "On ne manque pas d'idées ni de projets entre Français et Arméniens. Il ne faut que travailler", a conclu l'ambassadeur.

Qualifiant « d’actes odieux » les attentats à la rédaction de l'hebdomadaire satirique française « Charlie Hebdo » et les autres actes terroristes les ayant suivis qui ont ôté la vie à 17 personnes dont journalistes, policiers et citoyens ordinaires, l’ambassadeur a souligné qu’ils ne visaient pas seulement la France mais l'ensemble des principes démocratiques et en premier lieu, évidemment, le droit à la liberté d'opinion et à la liberté d'expression. « C'est pour cela que le choc émotionnel qui a frappé la société française a largement dépassé ses frontières", a-t-il noté.

Bien que les responsables de ces actes soient vite identifiés et anéantis par les forces de l'ordre françaises, « la menace terroriste fondée sur le fanatisme religieux » n'en est pas moins présente en France, comme ailleurs, ce qui fait du renforcement de la lutte contre le terrorisme une nécessité première pour les autorités françaises aussi bien à l'intérieur du pays qu'à l'internationale, à travers une coopération en la matière avec d'autres pays partageant les mêmes idées de liberté et de démocratie.

Les mesures entreprises par la France en vue de la prévention des risques du terrorisme tendent à combattre le phénomène sur plusieurs plans. D’abord, le contrôle est désormais plus rigoureux sur les frontières européennes - tout en rappelant que les autorités françaises n'établissent pas de liens entre le terrorisme et l'immigration – afin de prévenir le retour sur le territoire européen des fanatiques partis rejoindre les djihadistes combattant au Moyen-Orient ou ailleurs. La lutte contre l'endoctrinement religieux intense - notamment sur Internet et dans les établissements de détention - et la promotion des valeurs démocratiques et du principe de laïcité à travers l'éducation font partie des axes principaux de la politique française en la matière.

Répondant à la question de la journaliste du Courrier d'Erevan sur une éventuelle cohabitation de la liberté d'expression et du respect des sentiments religieux comme un moyen de prévention du terrorisme dans une France désormais très diverse sur le plan identitaire – tout comme, d’ailleurs, le reste du monde – l’ambassadeur a souligné l’importance de l'affirmation du principe de laïcité de la République française qui implique une neutralité totale de l'État vis-à-vis de l'Église et de toutes les organisations religieuses, en considérant la question religieuse comme « d'ordre purement individuel, privé ». Selon l’ambassadeur, l’observation de ce principe devient encore plus importante de nos jours, pour la réussite d’une coexistence pacifique de citoyens français ayant des traditions culturelles, religieuses différentes. "Plus la France est diverse et métissée, plus nous avons besoin d'affirmer et de défendre le principe de laïcité », a affirmé l’ambassadeur Charpentier. Il a ajouté que la marche républicaine à Paris qui avait réuni des millions de participants de tous les horizons et de confessions diverses et était soutenue par les dirigeants de nombreux pays étrangers présents à la marche est un message très fort et clair face à la menace terroriste de la part de la société française et de l’opinion internationale par laquelle elles ont démontré leur attachement aux valeurs de liberté d'expression et de la presse.

L’augmentation exceptionnelle à 4 millions d'exemplaires du tirage du numéro de Charlie Hebdo suivant juste les attentats et vendus en France comme à l'étranger atteste, selon l'ambassadeur, la vitalité de la presse et la détermination des journalistes de défendre leur travail et leur droit d'exprimer librement leurs opinions.

« Cela dit, l'affirmation du principe de laïcité ne veut point dire qu'il n'y a pas de problèmes au quotidien », a conclu l’ambassadeur en notant qu’en réalité, ces problèmes-là sont plus complexes – par exemple, difficultés d’accès à l’éducation et à l’emploi dans certaines banlieues des villes françaises reconnues comme zones difficiles - dont il ne serait pas justifié de conditionner l'existence par de seuls éléments religieux.

 

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