Pour un futur meilleur

En décembre 2015, 450 kg de « pur miel » en provenance des prés alpins d’Achotsk (région de Chirak, Arménie) ont été acheminés vers la Suisse, pour trouver leurs places aux étalages des magasins helvétiques. Derrière l’une des rares tentatives d’exportation de produits arméniens vers le marché européen, on retrouve une poignée de bénévoles basés en Suisse qui, à travers l’association BAF (« Building an Alternatiive Future »), se sont engagés à agir en faveur d’une société plus équitable en Arménie. Le chemin emprunté par BAF pour atteindre son objectif est de mettre l’accent sur le développement durable des communautés rurales.

Les avantages d’être  « novice » dans l’apiculture
Sur place, les deux familles originaires du village de Vardaghbyur engagées dans le projet ne sont pas des apiculteurs de père en fils, comme c’est souvent le coutume : « Lorsque je suis allé voir des amis versés dans le sujet, puisque c’était du nouveau pour moi aussi, j’ai tout de suite compris qua chaque apiculteur a sa vérité à lui qu’il considère d’origine presque divine, et confidentielle. Essayer d’appliquer le meilleur de l’expérience internationale, de nouvelles façons de faire serait difficile avec eux », note Artush Yeghiazaryan, président et co-fondateur de BAF, lui-même originaire de Gumri, chef-lieu de Chirak. D’où la décision d’entamer l’aventure avec des « novices » comme eux, en apprenant l’un de l’autre : « Par exemple, nous avons appris à soigner nos abeilles avec des médicaments naturels, car les produits synthétiques peuvent causer des modifications génétiques dans leur organisme. En plus, l’hiver, nos abeilles se nourrissent de leur propre miel et pas de sucre », remarque-t-il.

« Développer un marché : plus difficile que la production elle-même »
Ne pas nuire aux abeilles ni au miel est une préoccupation de premier degré à BAF où l’objectif est de rendre leurs produits 100% organiques, pour en augmenter la compétitivité : « Dans les magasins, on trouve différentes catégories de miel. Le nôtre est considéré comme un produit plutôt cher. C’est vrai qu’au départ, on le vendait à un prix plus bas. Ce sont les clients qui sont venus nous dire qu’il fallait en augmenter le prix car la qualité l’exigeait ». Le marché suisse n’est d’ailleurs pas le seul visé par l’Association : « Il est toujours plus juste de développer une économie régionale, donc le marché arménien et ceux des pays voisins, notamment la Géorgie, l’Iran et la Russie, ne pouvait pas sortir du cadre de nos intérêts. Cela dit, développer un marché nécessite plus d’efforts et d’investissements que la production elle-même. Mais nous y pensons déjà concrètement ».

« Commencer par les herbes pour arriver à une écoferme »
« Le potentiel de développement de cette première initiative est très grand, et nous sommes encore des débutants apprenant à chacun de nos pas. Nous avons commencé par l’importation d’herbes cueillies dans les champs de Chirak qui ont des effets bénéfiques sur la santé, et y avons ensuite associé la production et l’importation du miel. Aujourd’hui, nous ne vendons pas que le miel mais aussi des ruches », note Artush Yeghiazaryan, qui pense déjà, à un plus long terme, à la création d’une écoferme qui concentrerait toute leur production agricole, en y ajoutant aussi une dimension touristique. D’ailleurs, ce ne sont pas que des Arméniens de la Diaspora qui souhaitent « parrainer les ruches » d’Ashotsk – il ne s’agit pas en effet d’un simple achat mais d’une manière de participer au projet, en recevant en retour les produits développés par BAF – mais aussi des Suisses, preuve que le projet en lui est attayant, au-delà du cadre arménien.

« Assumer sa part de responsabilité dans les changements que l’on souhaite »
Le paradoxe de la région du Chirak réside dans ses richesses naturelles généralement inexploitées d’une part et l’extrême pauvreté de sa population d’autre part. Constat que l’on pourrait, selon Artush Yeghiazaryan, étendre à l’ensemble de l’Arménie : « Le vrai problème n’est pas le manque de l’argent mais celui de bons projets qui permettent d’exploiter de manière juste l’énorme biodiversité qu’offre le pays », est-il convaincu. À travers notre action, nous voulons démontrer qu’au-delà de la « charité » qui ne fait qu’apaiser la conscience et développer un certain attentisme chez la population locale, il est possible d’agir en Arménie. Même si on est physiquement loin, elle continue à rester notre pays. C’est à nous de la rendre meilleure, personne ne nous l’offrira toute prête, sur un plateau. On n’a pas besoin d’aller faire des révolutions, il faut juste assumer sa part de responsabilité », poursuit le président de BAF, pour conclure : « Pour ceux qui veulent agir, notre association est prête à servir de plate-forme » !

* Pour plus de détails sur l’action de BAF, visitez le site : http://www.alternativefuture.ch/ 

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