Painpont : pour que les jeunes puissent penser leur futur en Arménie

Le 30 avril, une boulangerie solidaire dans le cadre du projet "Painpont" ouvrait officiellement ses portes dans le village de Prochian, à une douzaine de kilomètres de la capitale arménienne. Ses premiers jeunes apprentis, tous élèves de l’internat de Nork à Erevan, avaient commencé leur formation en amont de l’inauguration officielle, afin de pouvoir accueillir leurs tout premiers hôtes, locaux et étrangers, avec du pain fait par eux-mêmes.

« Je sais ce que cela peut signifier pour eux : échanger avec des personnes étrangères, sentir leur attention envers ce qu’ils font et entendre des mots d’encouragement de leur part. Le soir, en se couchant, ils se sentiront différents, plus valorisés, croyant en leurs forces », note Astrig Marandjian, présidente de la fondation Miassine à l’origine de la création de la boulangerie-pâtisserie, en partenariat avec l’association SPFA et avec le soutien de Solidarity Crédit agricole, SOAR Genève et des amis de Suisse.

L’idée de la boulangerie est née d’un constat préoccupant : « En Arménie, les orphelins et les enfants en situation difficile sont pris en charge par l’État et soutenus par des associations humanitaires durant leur scolarité. Cela dit, une fois atteint l’âge de quitter les bancs et les dortoirs des internats ou des orphelinats, ils se retrouvent souvent dans la rue, sans toit qui les protège, ni travail qui les nourrisse. Comme solution, les garçons partent en Russie, et les filles se marient pour avoir un abri ».

C’est pour donner à ces jeunes une perspective de vie et de développement dans leurs propre pays que ce projet ambitieux de formation et d’insertion professionnelle et sociale a été lancé. Six mois durant, les premiers quatre adolescents s’initieront au métier de boulanger-pâtissier, période qui sera suivie d’encore six mois de stage professionnel, toujours au sein de Painpont, le temps de s’autonomiser et de trouver leur place sur le marché du travail, pour pouvoir céder ainsi sa place à de nouveaux jeunes.

Apprenti ou stagiaire, ils recevront, tout au long de leur participation au projet, une rémunération basée sur le salaire minimum en Arménie et bénéficieront d’un suivi durant leur formation aussi bien que lors de leur insertion professionnelle. « Nous prévoyons également des courtes formations de spécialisations animées par des professionnels invités de France ou de Suisse, afin de fournir à nos jeunes une plus-value sur le marché du travail local », informe Mme Maranjian.

Le volet social et solidaire ne s’arrête pourtant pas là: Painpont assurera, gracieusement, l'approvisionnement en pain et viennoiserie aux institutions partenaires (orphelinats, internats, maisons de retraite, restaurants du cœur, etc.). « Nous avons voulu créer un projet qui soit à la fois rentable et social, en permettant de redistribuer d’une manière plus juste la richesse créée. D’autre part, tous ces jeunes qui seront formés et travailleront chez nous pourront avoir devant leurs yeux un modèle d’économie différent », note-t-on à Miassine, la promotion de l’économie sociale et solidaire comme voie alternative de développement pour l’Arménie n’étant pas moins important pour eux que la réponse à ses besoins plus urgents. Côté commercial, Paintpont entend nouer des partenariats lui permettant d'assurer progressivement son autofinancement et de donner la place à de nouveaux projets de Miassine qui n’attendent que leur tour !

*Créée en 2009 en Arménie, la fondation Miassine (« Ensemble » en arménien) s’est engagée pour l’amélioration des conditions de vie et de travail en Arménie en servant de plateforme de partenariat entre différents acteurs de développement. Vivant actuellement loin d’Arménie, la présidente de la Fondation Astrig Marandjian n’y est pas  moins présente de coeur et en termes d’action : la liste de projets soutenus ou lancés par Miassine depuis 7 ans va de la rénovation de l’internat à Lorut au soutien des jeunes musiciens virtuoses « Les nouveaux noms d’Arménie », en passant par la création de l’association des BnB et l’organisation de voyages thématiques. Derrière cette volonté de « partager ce qui lui a été donné », impossible de ne pas saisir son histoire personnelle : après le terrible tremblement de terre de 1988, Astrig, originaire de Gumri, était parmi les 40 orphelins accueillis à Paris par des femmes d’origine arménienne, dans le cadre d’un camp. C’est là qu’elle rencontrera Anaïs Krikorian, sa future marraine, dont elle ne quittera plus la main de sa vie et qui l’accompagnera dans tous ses projets, y compris le "Painpont"...

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