Quelques idées sur l'urbanisme à Erevan

Profitant du passage à Erevan de Vahé Muradian, architecte, urbaniste, ex-adjoint à l’urbanisme au maire de la ville de Lyon et agglomération, l’Alliance française d’Arménie avait organisé, le 26 février dernier, une rencontre avec lui. La vision française du développement urbain et l’évolution urbanistique d’Erevan en étaient fixés comme principaux sujets de discussion.

« L’urbanisme tel que la France le conçoit est dans la démarche d’une gestion démocratique », a noté M Muradian, en précisant qu’un laisser-aller de la part des pouvoirs publics dans ce domaine est quasi impossible, les décisions portant sur les questions urbanistiques ne pouvant être prises qu’après consultation et consentement publics. Les projets de construction y sont obligatoirement soumis à une présentation publique, en plus chaque citoyen a le droit de consulter à la mairie le permis de construire de tout nouveau bâtiment, voire de s’opposer à sa construction et de parvenir jusqu’à l’interdire, « bien  que ce dernier cas se produise très rarement étant donné que les conditions d’obtention d’un permis de construire sont déjà très strictes ».

« Cela dit, il s’agit d’un progrès qui ne s’est pas fait en un seul jour », a tenu à prévenir l’intervenant de la rencontre. L’état des choses actuel est le fruit d’un long processus entamé dans les années 50, pas pourtant exempt d’effets négatifs. En fait, il pourrait amener à une certaine démagogie de la part des collectivités locales et régionales – principaux responsables du développement urbain sur place, l’État fixant un cadre pour celui-ci mais n’imposant rien – qui, soucieux de leurs (ré)élections, pourraient être tentés de satisfaire simplement les attentes de la population plutôt que d’agir en accord avec les principes d’un développement urbain juste et durable.

Quant à l’Arménie, après une cinquantaine de voyages dans le pays depuis sa première visite en 1980 (à l’époque des Soviets) et de nombreux échanges avec des acteurs publics et politiques arméniens dont le premier président Levon Ter-Petrossian ou le ministre actuel de l’Urbanisme Narek Sargsyan,Vahe Muradian ne prétend cependant pas connaître à fond les problèmes et les enjeux urbanistiques actuels de la capitale arménienne : « Mes propos restent relativement modestes et non définitifs, mais c’est le regard extérieur sur le développement urbain en Arménie qui est intéressant », souligne-t-il.
Deux observations dont M Muradian a rappelé le caractère « subjectif » ont lancé le débat avec les présents :

- « La quantité phénoménale de l’offre commerciale à Erevan décalée par rapport à la situation économique dans le pays et au nombre de la population de la ville est vraiment frappante ». Si l’on considère qu’une ville est un excellent baromètre de l’état d’une société, l’impession que les visiteurs d’Erevan auraient en premier serait inévitablement celle d’une ville super riche avec une population d’un peu plus d’un million d’habitants dont le pouvoir d’achat devrait être proche de l’européen pour pouvoir s’offrir le luxe des centres commerciaux et des restaurants erevanais.

- « Erevan est en train de se transformer en une ville du tiers-monde en matière de physionomie urbaine ». Si à l’époque, elle possédait « quelques fragments » du patrimoine ancien, un urbanisme tamanianien de grande qualité se distinguant par une conception cohérente remarquable – pour laquelle les 70 architectes français ayant visité l’Arménie avec M Muradian lors de son premier séjour n’avaient pas tari de louanges, – les bâtiments plus récents sont, selon l’urbaniste, mal construits et extrêmement dangereux. En plus, la manière et la vitesse dont ils poussent, notamment dans le centre-ville, ne laisse prévoir aucun projet urbain à long terme pour la ville, ni un quelconque respect de l’intérêt général.

« Une volonté politique », « une conscience collective » et « l’indépendance des pouvoirs politique et économique » : pour l’ex-adjoint au maire de Lyon, en l’absence de ces éléments primordiaux, l’intérêt public ne saurait jamais primer dans la prise des décisions concernant la ville. Pour y parvenir, le chemin suggéré est la politique, « au sens de l’engagement », précise M Muradian, que la jeunesse devrait assumer, au lieu de l’éviter.

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