Attention: un médicament peut être dangereux

Un médicament sur 10 vendu dans le monde est probablement un faux. Le commerce de médicaments contrefaits représente sur le marché noir un chiffre d'affaires annuel d'environ 75 milliards de dollars. À cause de l'usage de ce type de médicaments, dix mille personnes meurent chaque année à travers le monde. Des milliards sont dépensés annuellement sur l'expertise et l'investigation en matière de lutte contre leur contrefaçon. Le problème n’épargne aucun pays au monde, même si chacun en est touché de manière et à un degré différents. Pour échanger leurs expériences en matière de lutte contre ce « fléau international », des acteurs publics et privés géorgiens, français et arméniens du domaine s’étaient réunis à Tbilissi les 28 et 28 juin, dans le cadre de la première conférence internationale sur la contrefaçon des médicaments (http://cde.am/fr/content/experience/conf%C3%A9rence-internationale-%C3%A0-tbilissi).

Une définition de la contrefaçon de médicaments
Selon le groupe IMPACT (International Medicines Products anti Counterfeiting Task force), « un produit médical est contrefait lorsqu’il y a une fausse représentation de son identité et/ou de sa source... Les produits contrefaits peuvent être des produits contenant les bons ingrédients/composants ou de mauvais ingrédients/composants, pas de principe actif ou un principe actif en quantité insuffisante ou encore des produits dont le conditionnement a été falsifié ».

« Il s’agit bien d’un problème mondial pourtant longtemps sous-estimé dont on n’a commencé à prendre conscience qu’à partir des années 1985 », a noté Bernard Leroy, directeur de l’IRACM (Institut de Recherche Anti-Contrefaçons de Médicaments) à la conférence. Un phénomène d’autant plus complexe puisque portant atteinte avant tout à la santé publique, il nuit également à la sécurité nationale et internationale, à la justice, aux industries pharmaceutiques, etc.

Plus lucratif et moins risqué que le trafic de drogues
L’inquiétude grandissante envers le sujet n’est pas sans fondements : la contrefaçon de médicaments et la criminalité associée acquièrent des proportions de plus en plus importantes, grâce au développement des technologies et notamment à l’existence d’Internet qui rendent la fabrication et la distribution de médicaments contrefaits extrêmement lucratives et très peu risquées. En effet, leur trafic s’avère « 10-20 fois plus profitable par rapport à celui de drogues, tandis que les criminels n’encourent généralement que des peines et des amendes assez légères », remarque M Leroy, « souvent équivalents à ceux auxquels un délinquant s’expose pour contrefaçon de T-shirts, de DVD ou de sacs à main de marques », rapporte le site de l’IRACM.

De plus, font généralement l’objet de contrefaçon les médicaments ayant une forte demande comme les antibiotiques, les antipaludéens ou encore ceux traitant le diabète, le cancer, le sida, etc. En même temps, l’usage d’Internet y ajoute une nouvelle dimension, en favorisant la prolifération du trafic de produits médicaux contre les troubles sexuels, favorisant l’amaigrissement et d’autres problèmes « que généralement, on a du mal à avouer à son médecin », remarquent les spécialistes.

L’Arménie et la Géorgie, « îlots de stabilité » 
Pays petits disposant de marchés plutôt minuscules (bien que selon la chercheuse Gayane Khachatryan, la quantité de médicaments consommés par les 3 millions de personnes vivant en Arménie excéderait trois fois la moyenne!), la menace de la contrefaçon est également relativement petite en Arménie, comme en Géorgie. C’est ce que plusieurs intervenants de la conférence ont attesté, le représentant en Asie centrale et au Caucase de l’entreprise pharmaceutique française Sanofi Denis Astanin allant jusqu’à nommer les deux pays « îlots de stabilité en matière de falsification de produits médicaux ».

En effet, « l’importation de médicaments contrefaits en Arménie par voie légale est pratiquement impossible », assure Mkrtich Shakaryan, chef du Service d’inspection du Centre scientifique d’expertise de médicaments et de technologies médicales, les systèmes de contrôle et de détection de tels produits étant hautement efficaces aux douanes arméniens et dans les laboratoires, avant de pouvoir atterrir dans les pharmacies du pays. « Succès que l’on doit toujours au fait que le pays est petit et ne dispose que d’un nombre restreint de postes-frontières, la même pratique ne pouvant pas être appliquée de manière efficace par des pays plus grands », rappelle M Shakaryan. Cela dit, le risque n’est évidemment pas inexistant, et des cas de contrefaçon ont été rapportés par des représentants des administrations des deux pays.

Pistes de solutions pour une lutte efficace
Les autorités nationales sont encore beaucoup en retard en matière de lutte contre la contrefaçon de médicaments, par rapport aux contrefacteurs, de plus en plus performants. Malgré des législations et des pratiques de plus en plus sévères dans de nombreux pays, les outils nationaux ne pourraient pas suffire dans la lutte contre un phénomène transfrontalier. Des initiatives internationales comme l’opération Pangea contre la vente illicite de médicaments sur Internet ou la convention Médicrime du Conseil de l’Europe, premier instrument juridique international criminalisant la fabrication et la distribution de faux produits médicaux, se présentent comme des tentatives de mise en commun des efforts à l’international pour une lutte efficace.

Si la Géorgie n’a pas encore participé à des initiatives internationales dans le domaine, l’Arménie peut se féliciter d’être parmi les 7 pays (dont aussi la France) ayant déjà ratifié la convention Médicrime, actuellement signée au total par 26 États à travers le monde. Engagement qui amènera la mise en conformité de la politique et de la législation arméniennes avec les principes de Médicrime, l’amélioration de la coopération interministérielle et intersectorielle au sein du pays et à l’international. Nous y reviendrons d’ailleurs très prochainement avec plus de détails.
 

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