Un nouveau départ pour plusieurs familles de Gumri

« 20 … 25, 26, 27 ans après le séisme, quatre mille familles y vivent encore dans des domiks » : cette phrase est devenue l’introduction par excellence de presque tout texte sur la ville de Gumri où les vestiges et les conséquences du terrible tremblement de terre de 1988 semblent ne vouloir à aucun prix quitter les lieux.

On les appelle « domiks » (« maisonnettes » en russe), ces bicoques provisoires et précaires dans lesquelles les familles restées sans maison à cause du séisme ce sont installées et vivent encore par milliers dans la zone sinistrée, dans des conditions souvent invivables. La réponse à la question pourquoi la même situation perdure après tant d’années constitue un sujet à part. Ce qui change les choses, ce sont les initiatives spontanées – collectives ou individuelles, ponctuelles ou durables, entreprises par des Arméniens d’Arménie et de la Diaspora, ou encore des étrangers parmi lesquels ont compte de simples étudiants tout comme des personnes aisées – que l’on voit se développer ces dernières années, afin d’offrir aux Gumretsis le toit qu’ils n’osaient plus espérer ou, au moins, alléger leurs soucis quotidiens.

L’un des derniers projets de cette lignée baptisé SOS Gumri vient d’être couronné de succès. Si la barre fixée par son initiateur Hayk Barseghyan – jeune photographe de Gumri connaissant ce qu’est la vie dans un domik à force de l’avoir vécue –, paraissait difficilement atteignable au départ, aujourd’hui, après la clôture de la campagne de financement participatif (http://www.crowdfunder.co.uk/day-of-shame), il annonce, non sans fierté, que les moyens collectés suffiront à acheter 22 appartements, au lieu des 13 initialement prévus.  

Un succès que l’équipe (plus précisément la poignée d’amis) travaillant sur le projet doit beaucoup à des soutiens divers, en marge de la campagne elle-même. Un exemple: des concerts organisés par divers musiciens dont notamment celui que Tigran Hamasyan, pianiste de renommée internationale, lui aussi originaire de Gumri, a donné tout juste près d’un domik, mais aussi toute une série d’événements initiés par les habitants d’Erevan sous le titre « Erevan est aux côtés de Gumri », etc. En plus, la vente aux enchères en cours jusqu’au premier avril expose, entre autres, un T-shirt de « Real Madrid » et un drapeau de « Barcelona » portant, en signe de soutien, les signatures des stars des deux clubs espagnols, le T-shirt de « Borussia » signé par Henrikh Mkhitaryan. Une des dernières contributions majeures au projet est devenue la donation de 10 appartements à des familles sans maison de la part des Réseaux électriques de l’Arménie.  

L’heure est maintenant à la sélection définitive des familles bénéficiaires et à la distribution des appartements : l’étape la plus difficile et délicate. En effet, il faudra bien s’assurer qu’une fois les appartements obtenus, des familles déjà habituées à la vie des domiks et en manque de moyens financiers ne céderont pas à la tentation de les vendre et de retourner vivre dans leurs bicoques. Pour prévenir de tels cas (dont des précédents sont connus dans le cadre d’autres projets du même genre), les domiks désormais inhabitées pourraient être démontés. D’autant plus que le bois en sert à réchauffer les domiks et les maisons d’autres familles défavorisées durant les longs hivers rudes de Chirak, notamment sur l’initiative de l’ONG « Shirak Centre ».

Les « effets secondaires » de ce dernier projet sortant du cadre purement caritatif ne sont pas moins importants : la démarche entreprise par le président de l’ONG Vahan Tumasyan permet d’épargner les forêts et d’engager des travailleurs temporaires dans une région. En outre, tout au long de l’année, Shirak Centre s’efforce de subvenir aux besoins premiers des plus démunis de sa ville en leur distribuant vêtements, nourriture, produits d’hygiène, etc. Il leur arrive également et régulièrement de réjouir certaines familles en leur remettant des clés d’appartement, toujours grâce à des donations de particuliers.
Sans vouloir faire l’inventaire de toutes les actions menées en faveur de Gumri, terminons en signalant l’évolution de mentalités apportée à travers des projets qui misent de plus en plus sur la participation active des locaux dans le changement de leurs propres vies et de celle de leur région. À côtés d’organisations et de personnalités porteuses de cette vision et présentes sur le terrain depuis des années comme les fondations « Family Care » ou KASA, surgissent de nouvelles initiatives locales ou internationales – l’association BAF ou la fondation « Les Amis de Gumri », à titre d’exemple – s’étant données pour mission de contribuer au développement durable de Gumri et de toute la région de Chirak, ou autrement dit préférant « apprendre à pêcher plutôt que d’offrir un poisson » (devise de KASA). 

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