« Parfois, il faut désobéir »

Le Courrier d'Erevan commence une série de publications consacrées aux Journées françaises en Artsakh qui ont eu lieu du 17 au 19 septembre 2015.

 « … Vous désobéissez à la scène internationale et vous résistez avec la démocratie » : évoquant l’idée attribuée à Charles de Gaulle, c’est par ces paroles que Patrick Labaune, président du Conseil départemental de la Drôme, s’est adressé aux parlementaires et aux maires du Haut-Karabagh présents à la réunion de travail commune dans le cadre des « Journées françaises en Artsakh ».

Le but de l’initiative pluridimensionnelle baptisée « Journées françaises en Artsakh » était de « promouvoir la richesse de la langue et de la culture françaises auprès de la population karabaghiote afin que celle-ci puisse renforcer sa coopération avec le monde francophone ». À cette fin, une importante délégation française constituée de parlementaires, de maires et de représentants d’associations arméniennes de France s’était rendue du 17 au 20 septembre dans cette petite république du Caucase du Sud à qui l’absence d’une reconnaissance internationale n’empêche en rien d’avancer sur la voie de la démocratie où elle aurait même devancé certains de ses États voisins.

On se serait peut-être demandé innocemment d’où viendrait cet engouement réciproque entre La France et le Haut-Karabagh (Artsakh), deux pays que plus de quatre mille kilomètres séparent. Si pour un État enclavé comme l’est le Haut-Karabagh, il s’agit, « dans un monde chaque jour plus aliéné à l’utilitarisme », de contribuer « à émanciper [ses] citoyens, de les aider dans la construction d’une conscience démocratique », de permettre « l’échange et l’enrichissement mutuel » « en les éveillant à d’autres cultures » à travers le français, trois personnalités politiques françaises avait réitéré, dans un article (http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/pourquoi-il-faut-soutenir-le-haut-karabahg-504412.html) paru à La Tribune le 11 septembre dernier, leurs propres motifs de soutien au développement d’un Haut-Karabagh indépendant et démocratique, vision partagée évidemment par leurs collègues impliqués dans la coopération France-Artsakh. Ceux-ci représentent à l’heure actuelle sept municipalités - Pennes-Mirabeau, Bouc-Bel-Air, Vienne, Bourg-lès-Valence, Valence, Villeurbanne et Sarcelles, toutes signataires de Chartes d’Amitié avec des villes du Haut-Karabagh - et le département de la Drôme qui s’est engagé à coopérer avec l’ensemble du territoire du Haut-Karabagh.

Rencontres, réunions avec des homologues karabaghiotes, visites et événements culturels n’ont pas manqué du 17 au 20 septembre 2015, marqués par des moments forts d’émotion mais aussi des résultats concrets comme l’adoption d’une déclaration commune à l’issue de la réunion de travail entre les cercles d’amitié et les élus français signataires des Chartes d’Amitié et leurs homologues karabaghiotes précisant leurs engagements de part et d’autre et fixant les domaines de coopération prioritaires ou l’inauguration officielle du lycée professionnel Yeznik Mozian à Chouchi, projet franco-arménien qui a déjà ouvert ses portes devant 70 apprentis.

« Le lycée Y. Mozian qui porte le nom d’un artisan tailleur français d’origine arménienne ayant légué le fruit de toute une vie de labeur afin de permettre la réalisation de ce projet constitue l’aboutissement d’un projet associant plusieurs Chambres françaises des métiers », informe la brochure du festival des « Journées françaises ». Conçu suivant le modèle des Centres de Formation des Apprentis du bâtiment français, il s’agit du tout premier établissement de ce genre dans le pays avec une capacité d’accueil de 450 apprentis, en provenance aussi bien des régions d’Artsakh que de l’Arménie voisine.

S’il est encore tôt de parler d’inauguration pour la future Maison Paul Eluard, celle-ci ne devrait pas tarder, la première pierre en ayant été symboliquement posée lors des « Journées françaises ». Nommée en hommage au poète de la Résistance et de la liberté retrouvée, ce centre de la francophonie aura pour vocation de « développer la pratique du français parmi les professionnels et entrepreneurs de divers secteurs d’activités et … de renforcer l’ouverture du pays par le biais privilégié d’échanges avec le monde francophone ». Il voisinera d’ailleurs avec la maison de la culture de la capitale Stepanakert portant le nom de Charles Aznavour, ainsi que la statue « L’Infinie ». Placée dans un square qui porte désormais le nom de France, la statue est un cadeau du sculpteur romanais d’origine arménienne Toros offert à la ville toujours dans le cadre des Journées françaises pour symboliser l’amitié franco-karabaghiote.

Le point culminant du volet culturel de l’événement a été le concert gratuit en plein de Patrick Fiori sur la place de la Renaissance de Stepanakert. Il n’est plus besoin de présenter Patrick Fiori, ce chanteur français avec des origines arménienne et corse révélé notamment par la comédie musicale « Notre-Dame de Paris ». « On sait moins en revanche que l’artiste d’origine arménienne par son père se considère comme l’enfant de Chouchi, ville emblématique du Haut-Karabagh », informe la brochure du Festival. Sur la place, nombreuse et hétérogène à l’occasion du concert – en effet, des Karabaghiotes de tout âge et de tout goût s’y étaient rassemblés pour saluer l’artiste -, c’étaient surtout les jeunes soldats en uniforme qui attiraient le regard, spectacle curieux pour ceux qui ont la chance de ne pas vivre sous la menace de la guerre, en constante violation de cessez-le-feu et sans avoir à reconquérir avec chaque jour qui naît leur droit d’existence.

Cercle d’Amitié France-Karabagh 

Créé en mars 2013 par quelques élus français investis dans la consolidation de la paix, de la justice, de la sécurité et du dialogue entre les peuples au Caucase du Sud, le Cercle d’Amitié France-Karabagh rassemble aujourd’hui plus de quarante responsables politiques français de tous bords. Le Cercle vise à contribuer à l’établissement d’une paix juste et durable dans la région, à faire du Sud-Caucase une zone d’échange sûre, prospère et dynamique. Il ambitionne à cet effet de rompre l’isolement délétère qu’endure le peuple du Haut-Karabagh afin de l’intégrer dans les projets régionaux de développement.

Chartes d’Amitié 

Les Chartes d’Amitié constituent le cadre dans lequel se nouent des relations citoyennes et des échanges professionnels entre Français et Karabaghiotes. Elles ont pour objectif d’encourager les échanges culturels entre les communes signataires; de doper l’activité économique (tourisme, agriculture, commerce etc), de contribuer à l’amélioration du niveau de vie. Dès l’origine, ces Chartes d’Amitié ont été conçues comme vectrice du renforcement de l’influence française dans la région, une influence considérée comme bénéfique et tempérée aux yeux des autorités karabaghiotes et qu’elles encouragent à ce titre. A ce jour, par ordre chronologique, des chartes ont été signées entre Les Pennes-Mirabeau et Martouni, Vienne et Hadrout, Bourg-lès-Valence et Chouchi, Bouc-Bel-Air et Askeran, Valence et Stepanakert, le département de la Drôme et la République du Haut-Karabagh, Villeurbanne et Chouchi, Sarcelles et Martakert.

 

 

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