"J'espère que nos relations vont aller dans la bonne direction"

Patrick LABAUNE, président du conseil départemental de la Dröme - premier département français à avoir signé une Charte d'amitié avec la République du Haut-Karabagh - avait participé aux Journées françaises en Artsakh. 

Comment avez-vous trouvé les deux jours passés au Karabagh? Était-ce du politique, du culturel ou un événement plutôt amical ?
- Il y a eu tout. J'étais venu une seule fois au Haut-Karabagh - en Artsakh - en 1999, et j'avais déjà eu le coup de foudre. Cette fois-ci, je viens de découvrir ce qui est non pas le développement durable mais l'amour durable : je suis toujours amoureux de Stepanakert, de Chouchi et du Haut-Karabagh tout entier. J'avoue que cela me fait penser un peu à une sorte de  « Monaco du monde arménophone » : comme cette principauté, le Haut-Karabagh a beaucoup de richesses, les villes sont propres, c'est assez sécurisé, les gens s’y sentent agréable. Vous voyez un pays qui est soit disant en guerre, je dis bien soit disant parce qu'on n'a absolument pas le sentiment d'être en guerre, même si on voit beaucoup de militaires.  
Pour revenir à votre question, j’ai dit lors de mon intervention à l'Assemblée nationale du Haut-Karabagh que l'arme du peuple du Haut-Karabagh, c'est la démocratie face à la dictature et au régime autoritaire de l’Azerbaïdjan, de la famille Aliev.  Ils s'en sortiraient par la démocratie parce que les puissances de l'ONU seront sensibles à cet argument. Donc, je suis optimiste pour le Haut-Karabagh parce qu'on sent tout doucement un développement économique certain, un développement social sans précédent, et la France doit être là.
Mon département est le premier à signer une charte d’amitié avec l’Artsakh, et j'en suis très fier. J'avais promis à M. Guevorkian, le représentant du Haut-Karabagh en France, de jumeler le département de la Drôme avec le Haut-Karabagh en cas où je gagnais les élections. Pari tenu dont je suis très fier, et j'espère que nos relations vont aller dans la bonne direction.

Quels seront les domaines de votre coopération avec le Heut-Karabah?
- On va coopérer dans deux directions majeures : d’une part, le soutien au développement du centre Paul Eluard et notamment au pôle de développement scolaire avec le CFA (Centre de formation des apprentis) de Livrons-sur-Drôme qui pourrait être en relation avec le lycée professionnel Yeznik Mozian de Chouchi. D’autre part, le département de la Drôme dispose d’un lycée hôtelier à Tain Hermitage, un établissement très professionnel et qui pourrait aider dans le développement des activités touristiques. Je vais en parler bien sûr avec ma majorité et mon opposition au département mais là, il y aura un consensus, j'en suis certain.

Y a-t-il eu des pressions, soit de la part de votre famille politique soit des autres, quand vous avez signé la Charte d'amitié ?
- Vous savez, j'ai des collègues qui ne savaient même pas où se trouve le Haut-Karabagh. Il faut reconnaître qu'à l'Assemblée nationale, il y a plus un lobby fort de l'Azerbaïdjan que du Haut-Karabagh. Cela dit, pour l'instant, il n'y a pas eu de polémique vis-à-vis de moi ni aucune pression des uns et des autres : je fais ce que je pense être d'un certain intérêt pour le département de la Drôme et pour le Haut-Karabagh. Je crois qu'on sous-estime en France - et le président du Fonds arménien l'a bien dit dans son discours - que le Haut-Karabagh est une part de l'Europe. On est la même civilisation au niveau des grandes valeurs humanistes de la tolérance, de la liberté, de la démocratie, et c'est pour cela qu'il faut vous aider. Vous êtes le premier rempart, la première porte de l’Europe, et c'est important de vous soutenir et de vous aider.

Pensez-vous que les événements comme les « Journées françaises en Artsakh », la coopération linguistique, celle dans le domaine de l'éducation et d’autres initiatives de ce genre soient une voie pour une reconnaissance de la République du Haut-Karabagh ou est-ce un sujet complètement détaché?
- C'est le but, vous avez tout à fait raison. Effectivement, j’espère que la multiplication des jumelages entre les villes du Haut-Karabagh et celles du département de la Drôme qui tient un petit peu un rôle moteur en l'occurrence – son chef-lieu, la ville de Valence, est jumelée avec Stepanakert et le maire de sa quatrième ville, Bourg-lès-Valence, est venue pour jumeler avec Chouchi – servira d’exemple à d'autres départements, d'autres villes, voire d'autres régions pour amorcer vraiment cette reconnaissance internationale, et cela notamment d'abord en France, du Haut-Karabagh qui est un État comme un autre.

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