"J'ai toujours rêvé de vivre en Arménie"

Vous avez sûrement déjà entendu parler d'elle, au moins une fois. Faïna Haroutunian, jeune styliste arménienne, s'est fait connaître il y a de cela quatre ans. Plusieurs médias se sont intéressés à son cas lorsqu'elle s'est lancée dans la production de vêtements "Made in Armenia". Alors que très peu investissent en Arménie et un nombre élevé des gens en souhaitent partir, Faïna Haroutunian a tout quitté pour venir s'installer dans la capitale arménienne. Le pari est gagné : la jeune styliste a réussi au point même d'ouvrir sa propre boutique au nouveau centre commercial " Yerevan Mall". Une première pour une styliste arménienne. 

Reportage de Gayané AKKUS. 
 
Un style, un vrai
Faïna Haroutunian ne propose pas uniquement des robes de soirée à la catégorie aisée de la population arménienne. Au contraire, elle a souhaité dès le début être accessible à toutes les bourses ou presque, car cette jeune femme savait très bien où elle mettait les pieds. Pour cela, Faïna propose à ses clientes une gamme de vêtements très variée. Les jeunes filles, à partir de 16 ans, peuvent y trouver bonheur, comme les femmes adultes. Les prix vont de 60 000 jusqu'à 150-160 000 drams selon le modèle de robe, ce qui revient à environ 110 € à 220 €. Elle propose un style qui lui correspond: plutôt européen, décontracté et surtout, comme elle aime le répéter, " le plus sobre possible".
Mais en plus de créer ses propres collections, Faïna propose également aux clientes des modèles sur mesure, parfois suivant des demandes bien précises. "C'est une part importante de mon travail, et surtout au début cela m'a beaucoup aidée à comprendre le goût des Arméniennes et à savoir ce qu'elles recherchent", se confie-t-elle. Aujourd'hui, elle est l'une des références incontournables en la matière.

Retour aux sources
Faïna Haroutunian est née au Kazakhstan, de parents arméniens originaires du Haut-Karabagh. Lorsqu'elle avait à peine un an, sa famille a décidé de retourner dans leur pays d'origine. Malheureusement, avec la guerre, ce projet n’avait pas pu se réaliser, et la famille s'est vue obligée de repartir pour le Kazakhstan. C'est donc à Astana qu'elle avait grandi et fait ses études. Mais elle n'avait qu'une seule envie : c'est de retourner vivre en Arménie.  

En 2004, Faïna Haroutunian revient seule, sans ses parents, et s'installe à Erevan pour de bon. Au début, elle se sent perdue : elle ne connait personne et elle est uniquement russophone. Dans le but d'apprendre l'arménien, elle s'inscrit à l'université et en sort diplômée d'économie. " Ce n'était pas fait pour moi le métier d'économiste, mais ça m'a permis d'apprendre la langue et de mieux connaître la jeunesse arménienne" dit-elle.

Ne sachant quoi faire elle décide d'écrire des scénarios de film en russe dans l'espoir de pouvoir un jour les réaliser. Mais ils resteront bien au chaud au fond d'un tiroir, puisque quelques mois plus tard, avec une de ses amies les plus proches, Faïna décide de se lancer dans le stylisme. Elle trouve un atelier et fait toutes les démarches nécessaires. En cours de route, sa camarade la laisse tomber. Mais cette jeune femme est tout sauf une perdante. Elle se lance seule et se dit qu'elle doit essayer sinon elle le regrettera. Et elle y arrive. Aujourd'hui son atelier compte plus d'une quinzaine d'employés, et elle a pu se créer une renommée nationale - "ce qui est pour moi la plus belle des récompenses et des réussites", avoue-t-elle.

L’expérience continue
Pour redonner de l'espoir à la jeunesse arménienne, ainsi que pour inciter les jeunes à construire quelque chose dans leur propre pays, Faïna Haroutunian a dernièrement crée une école de stylisme nommée Season 5. Elle-même y enseigne quelques heures par semaine, en servant d’exemple aux jeunes. En ce moment même, cinq de ses élèves se préparent à aller quelques mois étudier à l'étranger afin d'apporter un style nouveau ici, en Arménie. Cette école qui n'a qu'un an d'ancienneté compte d'ores et déjà une soixantaine d'étudiants : " Si la moitié de ces jeunes créent quelque chose à Erevan, où n'importe où en Arménie, alors ce sera déjà un grand pas de fait pour le pays", dit Faïna.  

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