Atelier de lutherie urbaine

Se retrouvant à l’Alliance française d’Arménie le 14 ou le 15 mars dernier, on aurait pensé, au bruit de perceuse et de scie, à des travaux de construction ou de rénovation entrepris sur l’étage. Mais il suffirait d’ouvrir la porte de la salle Senghor pour découvrir qu’il il s’agissait en réalité d’un atelier de fabrication d’instruments de musique, à partir de rien d’autre que des objets de récupération, dirigé par Alain Guazelli, dans le cadre de la Saison de la Francophonie en Arménie.

Servant d’habitude de salle de cours, la pièce donnait ces jours-là l’air d’un véritable atelier, au sens propre du mot : une poignée de participants - des étudiantes de filières francophones des universités erevanaises pour la plupart - s’affairaient près des tables réparties dans les quatre coins de la salle. Sous la houlette de l’animateur, ils  scient, percent, rincent et découpent comme de véritables artisans. Bientôt, on commence à reconnaître une flûte ou un trombone dans les tuyaux à eau, à deviner que les vieilles radiographies serviront de membranes aux futurs tambours, tandis qu’une caisse de guitare se profile dans le pot de peinture allié à une tige de bois.

Redonner une seconde vie à des objets que l’on avait l’habitude de regarder comme du matériel de déchetterie en les transformant en des instruments de musique insolites n’est que très nouveau en Arménie. L’expression d’étonnement mêlée à l’enthousiasme s’affichant sans exception sur les visages de tous les participants en témoigne bien. Pourtant, pour Alain Guazelli, percussionniste et professeur de musique enseignant dans la banlieue parisienne, il s’agit d’une activité régulière qui fait partie de sa vie depuis déjà une quinzaine d’année.

Comme souvent, c’est le besoin qui a mis l’imagination  en marche: « J’enseignais à des enfants de quartiers défavorisés qui n’avaient pas les moyens de s’acheter des instruments de musique. Et je me demandais comment faire pour qu’ils aient des instruments et puissent apprendre à jouer », note M Guazelli. La solution a été trouvée dans le recyclage d’objets du quotidien à partir desquels les enfants fabriquaient eux-mêmes leurs instruments. Démarche qui détournait en même temps les normes de l’enseignement musical traditionnel : « Dans les écoles, l’étude du solfège précède la pratique tandis que chez nous, les enfants commençaient par apprivoiser l’instrument et apprendre à jouer, avant de passer à la théorie », poursuit-il, en parlant de l’association « Lutherie urbaine » née du désir de combiner développement durable, éducation et création artistique, dont il assume la fonction de responsable technique.

S’appuyant sur des études, des recherches et des expérimentations menées durant de nombreuses années, la « Lutherie urbaine » offre aujourd’hui un espace et des activités pour enfants comme pour adultes, aussi bien amateurs que professionnels, qui vont des ateliers de fabrication d’instruments aux performances collectives, en passant par des expositions d’art sonore, des recherches en laboratoire, etc. Une fois les instruments prêts, les participants de l’atelier erevanais aussi ont improvisé une performance musicale, avant d’amener, chacun avec lui, les instruments conçus de ses propres mains au cours des deux jours de travail, et surtout, une vision complètement différente du potentiel caché et des possibilités d’utilisation durable des objets du quotidien les plus ordinaires.
Pour plus d’information sur l’association « Lutherie urbaine », découvrez le site http://www.lutherieurbaine.com/

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