Le Kawaa discute les problèmes de l`immigration

Depuis 2010, ils sont des milliers de migrants à débarquer sur les rives de l’Europe via la mer Méditerranée et les Balkans. Derrière ce terme générique, on retrouve des réfugiés, des demandeurs d’asile, des apatrides ou encore de simples immigrants économiques originaires majoritairement du Moyen-Orient, de l’Afrique et de l’Asie du Sud. Avec près de 710 mille arrivées rien que durant les neuf premiers mois de 2015, selon l’agence Frontex (à titre de comparaison, le nombre de migrants ayant franchi les frontières extérieures de l’UE au cours de toute l’année 2014 était estimé de 282 mille personnes), on ne cesse de parler de « la plus importante crise migratoire que l’Europe ait connu depuis la Seconde guerre mondiale ».

En plus, il s’agit de l’un des sujets à maintenir le Vieux Continent divisé sur les plans politique et sociétal. Sur le fonds de la peur face à la menace terroriste et de la montée de nationalisme sur le sol européen, certains acteurs politiques – comme Christine Lagarde, par exemple – prévoient un possible impact économique positif de ces migrants sur le marché de travail de l’Europe vieillissante. Ainsi, la question continue à alimenter des débats à l'intérieur et au-delà de l'Union européenne, et c’est son actualité persistante qui a amené l’Alliance française d’Arménie à lui consacrer sa première rencontre Kawaa de l’année, le 22 janvier 2016.

Juste pour un petit rappel, « le Kawaa est une rencontre en petit comité permettant de partager un café autour d’une discussion sur un sujet d’actualité, dans un cadre convivial ». Il s’agit d’un concept lancé par des Français auquel l’Alliance française d’Arménie s’este jointe avec succès, en organisant des Kawaas tous les mois. La qualité et la direction que les échanges prennent à chaque fois varient évidemment d’un groupe à l’autre, et on risque d’en sortir transformés ou bien encore plus affermis dans ses avis antérieurs.

Ce dernier était notamment le cas de Maxence Smaniotto, un Européen vivant en Arménie depuis 2014, qui a avoué avoir eu la confirmation de ce qu’il imaginait : « Les Arméniens locaux ont, souvent, une vision très réduite et partielle de cette crise en Europe. Ils prennent la plupart de leurs informations depuis les médias arméniens et russes. Du coup, l'information, déjà partielle à la base, est encore plus déformée et simplifiée. Ce qui se passe en Europe est extrêmement complexe, c'est le fruit de décennies de mauvais choix politiques et de mauvaise gestion au niveau de l'UE ».

Pour Nare Felekyan, spécialiste de FLE et enseignante à l’Alliance française d’Erevan, le problème majeur se pose au niveau de l’intégration « et pour les migrants, et pour le pays d’accueil. Très souvent les migrants choisissent tel ou tel pays pour immigrer mais ils ne font aucun effort pour s’intégrer dans la société du pays de leur destination », remarque-t-elle, en évoquant l’un des films de Fatih Akin, « Head-On » où le problème est exposé « dans toutes ses dimensions ».

Aborder le sujet de l’immigration sans référence à l’Arménie semblant une attitude au moins partiale, l’Arménie se révélant comme l’un des pays à avoir accueilli le plus de réfugiés syriens proportionnellement à sa taille, il était plus que pertinent d’en parler dans le cadre de ce Kawaa.

« L'Arménie doit être très fière de l'énorme travail que les institutions ont accompli (et continuent de le faire) pour accueillir les Arméniens de Syrie et d'Irak », a noté à cette occasion Maxence, bien versé dans le sujet du fait de son travail au sein de la Fondation KASA, partenaire, entre autres, de l’UNHCR (Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés) pour mener à bien l’accueil et l’intégration des réfugiés en Arménie.

Si Nare trouve que, sur le plan culturel, les Arméniens de Syrie installés en Arménie « ne doivent pas éprouver de grands problèmes d’intégration, cette barrière de langue et de mentalité étant quasi inexistante ici », elle ne se fait pas d’illusions sur leurs difficultés financières, tout comme Maxence qui pointe comme problème essentiel sur le fait que « beaucoup de ces "nouveaux" Arméniens avaient une bonne situation socio-économique en Syrie et une vision très idéalisée et romantique de l'Arménie. Du coup, des qu'ils ont dû vivre dans ce pays, ils se sont trouvés confrontés à une dure réalité faite de chômage, de salaires très bas, de méfiance de la part d'une partie de la société, etc.». D’où le désir de beaucoup de ces réfugiés de partir en Europe, aux États-Unis et au Canada, en quête d’un meilleur niveau de vie.

Cela dit, Nare essaye de rester optimiste : « J’espère qu’une partie de ces Arméniens de Syrie ayant immigré en Arménie la choisira comme son dernier port d’attache ». Pour elle, leur présence qui a introduit dans notre quotidien « de nouveaux comportements, une nouvelle langue et une nouvelle cuisine », est très importante « pour pouvoir élever des enfants tolérants, ouverts au monde et à la diversité » dans un pays aussi homogène que l’Arménie.
 
 

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