Le dramaturge José Pliya en Arménie

Danielle Vendé est la directrice de l’association ETC Caraïbe (Écritures Théâtrales contemporaines en Caraïbe). José Pliya est auteur dramatique et metteur en scène français et le fondateur d’ETC Caraïbe. Ces jours-ci, tous les deux sont en Arménie dans le cadre de la Saison de la Francophonie, faisant suite à la participation, en été 2015, de la troupe théâtrale de l’université Brusov « La voix humaine » au festival international de théâtre francophone à Poznan (Pologne). La littérature francophone des Caraïbes, les sources d’inspiration de l’écriture de José Pliya, son rapport à l’Arménie : voilà un petit bouquet des sujets abordés à la première rencontre avec les deux représentants du monde théâtral francophone contemporain, tenue à Brusov, le 12 avril.

 « D’origine béninoise, de culture et de nationalité françaises » : sa double identité, José Pliya l’assume de plein gré, en y ajoutant, en termes de richesse, les nombreux déplacements et voyages qu’il ne cessera d’effectuer depuis sa toute petite enfance, d’abord du fait de la profession de son père - le célèbre universitaire et auteur béninois Jean Pliya -, ensuite suivant sa propre voie : « J’ai besoin de m’imprègner dans un territoire pour raconter une histoire », note-t-il en parlant de son installation aux Antilles.

Besoin qui explique aussi l’importance accordée à sa visite en Arménie : « En tant que Français, mon premier rapport à l’Arménie a été extrêmement artistique, à travers tous ces artistes de l’exil devenus porte-paroles du peuple arménien en France». Le second rapport s’avère plus littéraire, lié au Génocide : « C’est une histoire qui me touche, me bouleverse depuis longtemps, c’est pour cela que j’ai vécu cette invitation en Arménie comme un cadeau. J’étais certain qu’à un moment donné, j’allais en parler. », a avoué l’auteur, sûr qu’une parole suivra cette visite, « peut-être sous forme de lettre à l’humanité ou de pièce entière ».

En tant que dramaturge, José Pliya range son art plutôt dans la lignée du théâtre poétique, « même si la matière première peut en être sociale ou politique ». Ses pièces portent aussi l’empreinte de la passion de l’auteur pour la psychanalyse : on y suit « le parcours de libération des personnages de leurs propres esclavages intérieurs ». Ainsi, « Le Complexe de Thénardier » (2002), la pièce ayant consacré Pliya en tant que dramaturge, se présente comme une « variation sur le rapport maître-esclave » racontée à travers les relations de deux femmes, sans pourtant se réduire au champ de l’interpersonnel : ce complexe, « on a pu le rencontrer au cours du siècle dernier, dans l’Europe occupée, au Rwanda, dans l’ex-Yougoslavie... et chez moi, dans la maison de mon enfance », avait noté l’auteur à propos de son sujet.

À noter aussi qu’il ne s’agit pas de la seule pièce de l’auteur avec des personnages exclusivement féminins : la forte présence féminine est en effet caractéristique de l’ensemble de l’œuvre de José Pliya qui, dans un univers aussi machiste que l’art, a choisi de « faire parler les plus faibles », et cela, souvent à travers leurs silences-mêmes, en rendant éloquents les non-dits.
 
La conférence conjointe de Danielle Vendé et de José Pliya a été suivie de la présentation théâtrale, par la troupe « La voix humaine », des « Lettres à l’humanité » de Pliya. Le séjour du dramaturge en Arménie a été également l’occasion d’animer, à l’Alliance française d’Arménie, un atelier de lecture théâtralisée d’extraits de ses propres pièces. 

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